Jon Monnard – « Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique » : Puisqu’on est jeune et con

Coucou,

Cette semaine j’ai lu « Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique », premier roman de Jon Monnard.

Coska ne se fait aucune illusion sur le monde qui l’entoure. Il a compris que, pour être original, il faut être comme les autres. Quand il décide de participer à un concours lancé par une grande maison de couture il ‘y croit pas vraiment, et pourtant, tout bascule quand il devient le grand gagnant. Il doit intégrer un monde qu’il déteste mais qu’il va finir par apprécier malgré lui. De nos jours il y a peu de place pour la sensibilité surtout lorsqu’un concours vous propulse dans un monde de paillettes et de faux semblants.

Quelle place pour l’espoir?
La société vous broie en un claquement de doigts, elle vous porte aux nues puis vous détruit, c’est aussi simple que cela.

Le livre est court mais pose mille questions. Jon Monnard ne prend rien pour acquis, il interroge, remet en question, il tacle l’hypocrisie. Le thème de la mode est un support pour dénoncer l’utilisation massive des selfies et autres photos balancées sur les réseaux sociaux dont le seul but est de cacher la vérité. Sur internet, on avance masqué, on veut être jalousé, adoré, regardé, désiré…

La qualité première que l’on demande à Coska lorsqu’il intègre la maison de couture est de savoir mentir. Il faut être une coquille vide bien habillée, pour plaire, il faut être un illusioniste. Ici, l’être est le néant.

« Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique » est un livre plein de dualité, il est à la fois plein d’espoir et rempli de colère. L’auteur est le porte voix d’une grande partie de notre génération qui a compris les rouages de la société actuelle mais ne peut faire autrement qu’en être acteur.

C’est un très beau roman d’apprentissage dont le héros ne sortira pas indemne. Il y est certes question de mode et d’écriture mais Monnard va plus loin en mettant des mots sur les angoisses qui nous tordent le ventre. Il est, au delà  du divertissement, cathartique. Coska, c’est Monnard, c’est vous, c’est moi. Il est de ces livres, presque poétiques, qui touchent les âmes.

L’écriture est étonnamment recherchée pour un premier roman. Le style est percutant, imagé, les métaphores s’enchainent avec justesse.

Une chose est sûre après avoir fermé le livre vous en demanderez encore.

Ma phrase préférée :

« Hier soir j’ai été battu par l’homme que j’aime. Jusqu’à hier encore, je ne savais pas que les sentiments pouvaient porter des coups. Je ne pensais pas que l’amour pouvait engendrer de telles violences. Je ne savais pas que notre visage était si fragile, qu’il pouvait se fendre aussi vite. C’est encore plus douloureux que les marques invisibles portées au coeur. Elles symbolisent tant de haine alors que l’amour est censé apporter tout le contraire. C’est encore plus vif quand il n’est pas partagé, et Dieu sait tout le bien que je voulais à cet homme. Je suis mort hier soir, sous une pluie déchainée. Plus rien n’avait d’importance. Et même, j’en éprouvais une sorte de compassion. Enfin un geste de sa part, un contact jusqu’alors inespéré. Il n’avait pas su me prouver la force de ses sentiments. Les larmes et le sang se mêlaient sous des poings de fer, ma tête cognait le bitume et moi, mon esprit se brouillait à chacune de ses griffes, à chaque phalange qui meurtrissait mon corps. Il ne voulait pas entendre que je l’aimais… finalement je ne saurais jamais si mes sentiments étaient réciproques. »

Si vous voulez tenter l’expérience, c’est par ici :

Laisser un commentaire