Edward Lewis Wallant – « Moonbloom » : Le blues du collecteur

Coucou,

Cette semaine j’ai lu « Moonbloom » d’Edward Lewis Wallant.

Norman Moonbloom a la trentaine, après s’être essayé à de nombreuses formations, il se voit confier la gérance de quatre immeubles New Yorkais. La tâche parait simple mais Moonbloom va devoir entrer malgré lui dans l’intimité des locataires, et gérer, avec peu de moyens, les problèmes techniques d’immeubles délabrés.

Moonbloom s’acharne à se tenir loin de lui-même, il repousse toute possibilité d’empathie. Mais, après quelques jours de maladie fiévreuse, c’est la rupture, Norman se réveille, différent, prêt à admettre qu’il puisse ressentir quelque chose, peu importe le prix.

L’histoire se déroule dans le New York des années 50 mais le personnage a pourtant un côté très moderne. Norman s’est lancé dans toutes les études possibles et ne trouve pas sa voie, éternel étudiant, il accepte le travail qui lui est confié par son frère car il espère enfin entrer dans le rang. Rêveur désabusé, âme perdue, indécis et angoissé, il est à l’image des trentenaires d’aujourd’hui.

La galerie de portrait que dépeint Wallant est parfois cocasse, parfois inquiétante. Il y a, entre autres,  Wade Jonhson, un professeur d’anglais alcoolique qui récite à longueur de journée des poèmes de T.S Elliot, Sheryl, toujours en kimono de soie, prête à donner son corps pour obtenir un loyer moins élevé, Del Rio, un boxeur/acteur, Basellecci, professeur d’Italien, persuadé que ses problèmes de constipation ont été causés par l’insalubrité du mur de ses toilettes et Karloff, un vieux juif qui a décidé de vivre au milieux des blattes. Les appartements son similaires mais le monde que découvre Norman derrière chaque porte est différent. Lui qui trouvait toujours un prétexte pour ne pas s’approcher des locataires fini par être hanté par le cahier de leurs doléances.

Profondément naturaliste, Wallant écrit sur ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts, il parle de la détresse qui peut apparaitre parfois comme un manque de pudeur mais qui est, au fond, un appel au secours.

Parfois drôle, un peu désespéré, initiatique et mélancolique, « Moonbloom » reste un livre marquant de ce jeune auteur parti trop tôt.

Ma phrase préférée :

« La tristesse, sentiment dont il avait fait l’expérience des milliers de fois, était pour lui ce que l’expiration est à l’inspiration ; il la voyait comme le coup en retour qui suivait chaque avancée heureuse. »

Pour rencontrer les locataires de Moonbloom c’est par ici :

Laisser un commentaire