Vladimir Nabokov – « Lolita » : Aux amours diluviennes

Coucou,

Cette semaine j’ai suivi le conseil de plusieurs d’entre vous en lisant le très sulfureux « lolita » de Vladimir Nabokov.

A l’achèvement de son roman, en 1953, Vladimir Nabokov a vu les cinq plus grands éditeurs Américains refuser la publication de son livre. Il sera finalement publié par une maison Parisienne dans un but un peu douteux, et le livre sera interdit en France jusqu’en 1958, date de sa publication aux Etats-Unis.

Personne ne remet en cause le caractère sulfureux de ce roman. En effet, il est question ici, d’une relation « amoureuse » entre Humbert, homme d’âge mur et Dolores, une jeune adolescente qui n’est personne d’autre que… sa belle-fille. Il s’agit donc d’une passion pédophile doublée d’inceste. Ok, dis comme ça, ça jette un froid. La lame tranchante de « Lolita » ne s’est pas émoussée, le visage du scandale n’a pas pris une ride. Certes, il existe, de nos jours, une course au « trash » mais ce qui est dérangeant dans le sujet traité par Nabokov, n’est pas tant le sujet lui-même que la manière dont il est traité.

Humbert aime les « nymphettes », ces jeunes filles pré-pubères, pas forcément les plus jolies mais desquelles émane(rait) une aura de séduction. Alors Humbert traine au parc et imagine que les petites filles le provoquent lorsqu’elles passent à côté de lui, Humbert séduit la mère dans le but de violer la fille, Humbert sait qu’il est un monstre.  Il dit de lui : « j’étais un monstre pentapode mais je t’aimais. » Il s’enfuit avec la fillette, use de tous les subterfuges possibles pour obtenir ses faveurs, il ment, menace, monnaye.

Au début du roman Nobokov raconte comme Humbert, alors qu’il était enfant, a connu la perte tragique de son premier amour. Et c’est elle qu’il cherche dans les nymphettes, c’est elle qu’il verra à travers Lolita. Il doute d’ailleurs à plusieurs reprise que cet attachement puisse supporter la puberté, mais il apprendra à aimer Dolores jusqu’à lui proposer de finir ses jours avec lui. En aurait-il été capable? Nous ne le saurons jamais car la jeune femme lui échappera à tout jamais, le laissant seul et meurtri. Il écrit alors ses mémoires dans sa cellule de prison, réalisant que sa passion pour Lo n’aura jamais été partagée. il avouera : « j’avais obéi à ma règle coutumière et systématique, qui consistait à feindre d’ignorer les sentiments de Lolita afin d’assouvir ma propre ignominie. »

Son penchant pour les jeunes-filles qu’il assumait au départ ne lui porte plus que des regrets alors qu’il arrive à la fin de sa vie. La conclusion qu’il tire de son existence et qu’il n’aura été qu’un monstre amoureux d’une fille qui ne pensait qu’à le quitter.

Si l’on passe outre le sujet que l’auteur a choisi de traiter, force est de constater que son écriture est absolument incroyable. La maitrise des mots devient un art sous la plume de Nabokov, il joue avec les mots comme un peintre lance les couleurs sur une toile pour révéler un chef d’oeuvre. Poète cynique, l’écrivain ne cherche pas à créer un comte moraliste, comme il le dira lui-même : « Des âmes naïves diront que la lecture de Lolita est sans intérêt parce qu’elle ne leur apprend rien ; mais je ne suis ni auteur ni lecteur de littérature didactique et, quoi qu’en dise mon John Ray, Lolita ne contient aucune leçon morale. A mes yeux, un roman n’existe que dans la mesure où il suscite en moi ce que j’appellerai crûment une volupté esthétique, à savoir un état d’esprit dans lesquels l’art – c’est à dire la curiosité, la tendresse, la charité, l’extase – constitue la norme.

« Lolita » continuera longtemps à marquer les esprits de ses lecteurs et restera à jamais une terrible oeuvre d’art, immortelle.

Ma phrase préférée :

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-li-ta : le bout de la langue fait trois petits bonds le long du palais pour venir, à trois, cogner contre les dents. Lo. Li. Ta.

Elle était Lo le matin, Lo tout court, un mètre quarante-huit en chaussettes, debout sur un seul pied. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés des formulaires. Mais dans mes bras c’était toujours Lolita. »

Pour rencontrer Dolly, c’est par ici :

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