Emily St. John Mandel – « Station eleven » : apocalypse now

Coucou,

Cette semaine j’ai lu « Station Eleven » d’Emily St. John Mandel.

Le monde doit faire face à une épidémie de grippe meurtrière, la période d’incubation est de quelques heures et le décès intervient dans la journée. Une bonne partie de la population mondiale succombe à la pandémie et les survivants tentent de s’adapter un monde sans électricité ni eau courante.

Certes, le sujet n’est pas très original (même si je ne m’en lasse pas), mais comme toujours dans ce cas, la qualité du livre dépend de la manière dont l’auteur a choisi de traiter le sujet.

Emily St. John Mandel place ses personnages avant l’épidémie et balaie leur histoire jusqu’à plusieurs décennies après la pandémie. On y voit les survivants scruter le ciel en priant pour y voir passer un avion, des hommes et des femmes contraints d’apprendre à chasser, regardant avec nostalgie l’écran noir des télévisions qui ne se rallumeront pas.

Deux phrases reviennent tout au long du roman comme pour rappeler inlassablement aux protagonistes le caractère définitif de leur changement de vie.
Le « Survivre ne suffit pas »emprunté à Star Trek résonne comme un mantra pour la jeune Kirsten qui avait 8 ans lorsque le monde a basculé et qui ne garde aucun souvenir de « l’avant ».
Et puis il y a le docteur Eleven qui répète : « Je parcours du regard mon domaine endommagé, essayant d’oublier la douceur de la vie sur terre », le héros d’une BD futuriste que Kirsten conserve précieusement dans son sac à dos comme un talisman, perdu dans un monde loin de la terre.

Comment peut-on s’adapter à un nouveau monde dans lequel tout ce que l’on connaissait a disparu? Comment trouver sa place alors qu’il n’y a plus de repère, plus de technologie ni de Loi?

Alors que certains collectionnent les objets du passé (carte bleue, passeport, téléphones), d’autres sont prêts à tout pour transmettre le savoir et s’assurer que l’art et la culture resteront immortels. Ainsi, une troupe itinérante prend tous les risques en parcourant les routes pour apporter Shakespeare et Beethoven aux communautés de survivants. Les souvenirs de l’ancien monde, eux, se désagrègent peu à peu avec la mort des anciens,  les plus jeunes n’ayant pas ou peu connu le monde qui existait avant la pandémie. Des grands acteurs ils ne restera que des coupures dans les journaux people, des icônes sur un papier vieilli auxquels les pilleurs de maison n’auront pas touché.

Emily St. John  Mandel tisse petit à petit le fil de son histoire, entremêle les vies de ses protagonistes pour créer un tableau final d’une grande cohérence. Les lecteurs en quête d’action risquent de rester sur leur faim avec ce joli roman dont le but principal est de sonder l’esprit humain.

Ma phrase préférée :

« Pluie froide, trottoir luisant, chuintement de pneus sur la chaussée mouillée. Il pensait à l’abîme infranchissable qui existe entre avoir dix-huit ans et en avoir cinquante. »

Pour rencontrer les survivants, c’est par ici :

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