Edward Abbey – « Le gang de la clef à molette » : Ode à la désobéissance civile

Coucou,

Cette semaine j’ai plongé dans les paysages sauvages et désertiques de l’utah et de l’Arizona avec « Le gang de la clef à molette » d’Edward Abbey, « The monkey wrench gang » dans sa version originale.

Avant toute chose je dois vous dire que je ne connaissais absolument pas Edward Abbey et que j’ai choisi ce livre uniquement grâce à son titre (preuve donc que le choix du titre est une étape primordiale dans l’écriture !).

Le gang de la clef à molette c’est George W. Hayduke, ancien béret vert, rescapé de la guerre du Viet-Nam, gros buveur de bière, un peu rustre mais tellement généreux, Seldom Seen Smith le mormon polygame (trois femmes… rien que ça!) qui connait les montagnes comme sa poche, Doc Sarvis, chirurgien réputé d’Albuquerque qui aide à financer les expéditions et enfin, Bonnie Abzug, assistante (et amante) du doc.
Tout ce joli petit monde avait pour habitude de prendre son pied en tronçonnant des panneaux publicitaires ou en bousillant des engins de chantier avec plus ou moins d’originalité, mais leur rencontre va leur donner envie de voir plus grand. Trop de touristes, trop de chantiers et de pollution dans le grand Ouest, la tâche qui leur incombe pour mettre un terme à ce gachis n’est pas facile. L’idéal serait alors de dynamiter l’horrible barrage de Glen canyon, qui, en créant le lac Powell a englouti sous les eaux la ville d’Hitte.

Comment mettre à terre un tel mastodonte, sans expérience ni moyen technique? Les quatre amis tenteront le tout pour le tout en se mettant à dos les autorités, marquant ainsi le début d’une course poursuite rocambolesque.

Pour comprendre un peu mieux le roman d’Abbey, il faut s’intéresser  à la vie de l’écrivain. Lors de son premier job de Park Ranger il apprend à ramasser les déchets des touristes et à « répondre aux mêmes questions débiles ». On voit d’ailleurs, à la fin du livre des touristes demander aux rangers de leur indiquer les « chalets d’aisance » comme une petite pique lancée à ses anciens collègues de travail.

C’est après deux ans comme ranger à Arches qu’il écrira son premier roman, « Désert solitaire »  (1968), dans lequel il clame son amour du désert et du silence. « Le gang de la clef à molette » en sera le prolongement, lui permettant de pointer du doigt les magouilles politiques et l’irrespect des touristes.

On ne sait pas exactement à quel point Abbey a pu participer lui-même à des sabotages mais on est certain qu’il a déjà mis la main sur la clef à molette. D’ailleurs, Hayduke, le personnage le plus attachant de la petite bande serait inspiré d’un ami de l’auteur, Doug Peacock, ancien du Viet-Nam venu se reconstruire dans les grands espaces Américains, et lui-même grand militant écologiste.

L’auteur, qui refuse d’être catégorisé dans le style « nature writing », pose la question de savoir si la littérature peut servir l’écologie. Il est certain que l’humour grinçant utilisé par Edward Abbey permet de rendre accessible la thématique écologique en offrant aux lecteurs une approche différente de celle apportée par la littérature spécialisée.

Les cinq amis prennent parfois des airs de pieds nickelés mais les causes qui les poussent à agir sont nobles. Peut-on pour autant cautionner la violence dont ils usent? J’ai envie de vous dire qu’un petit coup de clef à molette peut parfois faire du bien…

« Le gang de la clef à molette » souffre de quelques petites longueurs mais reste un roman bourré d’humour et d’autodérision, il s’agit d’une œuvre qui interroge et sensibilise sans chercher à culpabiliser. Les personnages sont attachants et les paysages sublimes, un livre beau, drôle et utile en somme.

Ma phrase préférée :

 » Un homme seul, ça peut être assez con, mais si tu veux de la vraie bonne grosse connerie, y’a rien de mieux que le travail en équipe. »

 

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