Mikhaïl Boulgakov – « Le Maître et Marguerite » : Satan dans la ville

Coucou,

Ces deux dernières semaines Mikhaïl Boulgakov m’a permis de rencontrer le diable en personne avec « Le Maître et Marguerite ».

Boulgakov a commencé l’écriture de ce classique de la littérature russe en 1928 alors qu’il devait subir la censure soviétique. En 1930 il brulera même son manuscrit et n’achèvera « Le Maître et Marguerite » que quelque mois avant sa mort. L’écrivain n’a cessé d’être critiqué et censuré pour ses écrits jugés contraires à l’idéologie de l’URSS, il aura pourtant eu la chance d’éviter le goulag contrairement à de nombreux autres écrivains mais il n’aura jamais obtenu l’autorisation de quitter la Russie, Staline n’ayant jamais pris la peine de répondre à ses requêtes.

La biographie de l’auteur est importante pour comprendre se qui se cache derrière les écrits de Boulgakov et « Le Maître et Marguerite » ne déroge pas à la règle.

Il est plutôt difficile de résumer ce livre qui est à la fois un roman fantastique, un cabinet de curiosité, une critique politique et une histoire d’amour. Pour faire simple, le diable a décidé de faire un petit tour sur terre et se balade ainsi dans les rues de Moscou avec sa suite constituée notamment d’un grand chat qui parle, se promène tranquillement debout sur ses pattes arrières et prend le tramway. Il a décidé de bouleverser toutes les certitudes de la société moderne et athée de Moscou. Marguerite, elle, a perdu l’homme de sa vie, elle est prête à vendre son âme au diable pour le retrouver et cette requête n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Boulgakov jongle entre les époques et les lieux, il nous offre ainsi notamment un voyage à Jerusalem à la rencontre de Ponce Pilate.

L’auteur dénonce clairement le système Stalinien en utilisant un discours aux ressorts comiques qui repose sur un inversement des rôles. Il mélange  fantastique et réel et met en lumière toute l’absurdité de la société. Il parle de la censure subie par les écrivains, de la difficulté d’être reconnu en tant que tel, c’est ici qu’il écrit le fameux : « Les manuscrits ne brulent pas ! ».

Certaines scènes sont vraiment drôles, Marguerite, invisible chevauchant son balai au dessus de Moscou, le peuple Moscovite sous hypnose se bat pour des (faux) billets, le chat veut payer son billet de tramway et se dispute avec la vendeuse…

La quatrième de couverture nous promet une des plus belles histoire d’amour de tous les temps. Certes, Marguerite est prête au sacrifice suprême pour retrouver celui qu’elle aime (Elle donne son âme au diable, on est quand même un cran au dessus de la boite de chocolat) mais son histoire n’est, à mon sens, qu’une petite partie de ce roman qui ne met aucun accent particulier sur les sentiments amoureux. Si quelqu’un a ressenti cela d’une manière différente, je suis prête à entendre ses arguments.

Attention cependant, « Le maître et Marguerite »,  ses  640 pages et ses nombreuses digressions spatio-temporelles peuvent perdre le lecteur. Il demande du temps et de la concentration, il se savoure doucement et se mérite. Il pourra décevoir celui qui cherche simplement à se divertir.

Pour conclure, « Le maître et Marguerite » n’a certainement pas usurpé son titre de grand classique Russe, il fait très certainement partie de ces livres que l’on se doit d’avoir lu une fois dans sa vie, même si je dois avouer qu’il ne prendra pas place dans mon top ten.

Ma phrase préférée :

« Des milliers de gens y circulaient, mais je vous jure que c’est sur moi, sur moi seul que son regard se posa – un regard anxieux, plus qu’anxieux même – comme noyé de douleur. Et je fus moins frappé par sa beauté que par l’étrange, l’inconcevable solitude qui se lisait dans ses yeux ! L’idée que je devais absolument lui parler me tourmentait, car j’avais l’angoissante impression que je serais incapable de proférer une parole, et qu’elle allait disparaître, et que je ne la verrais plus jamais. »

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