Lola Lafon – « Mercy, Mary, Patty » : Un syndrome de Stockholm?

Coucou,

Cette semaine j’ai lu « Merci, Mary,Patty » de Lola Lafon.

L’auteure parle ici d’un fait divers, l’enlèvement et la séquestration de Patricia Hearst par un groupe terroriste d’extrême gauche en 1974. La jeune femme, riche héritière d’un magnat de la presse est enlevée par l’ALS (Armée de libération symbionaise) dans un appartement sur le campus de Berkeley où elle poursuit ses études avec son petit ami.

Aucune rançon n’est demandée mais pour revoir Patty vivante, sa famille doit trouver un moyen de distribuer de la nourriture dans les quartier pauvres. Les parents de la jeune fille s’exécutent mais l’opération est mal organisée et les camions repartent avec la moitié de la marchandise. Le groupuscule demande alors aux Hearst de doubler les moyens mis en place et William Randolph Hearts déclare ne pas avoir les les fonds nécessaires pour financer une nouvelle distribution. Suite à ce refus les messages de Patricia deviennent plus flous, elle semble avoir rejoint la cause de ses ravisseurs.

Dans « Merci, Mary, Patty » Lola Lafon nous raconte l’histoire de Patricia à travers Gene Neveva, professeure américaine en poste en France pour une année. Elle a été mandatée par les avocats de la famille Hearst pour écrire un rapport permettant de prouver le lavage de cerveau de la jeune femme. Elle embauche alors une assistante Française afin de connaître l’avis d’une personne n’ayant aucun préjugé sur l’affaire.

Lafon ne s’en tient pas seulement à l’histoire de Patricia, elle évoque également l’expérience de Mercy Short et Mary Jamison, toutes deux kidnappées par des tribus Indiennes qu’elle ne voudront jamais quitter.

L’histoire partagée par Lafon est celle d’une métamorphose. Elle nous raconte comment une jeune femme de bonne famille peut basculer dans des idéaux contraires à tout ce qu’elle a connu. Le livre n’apporte aucune réponse mais il a le mérite de questionner. Somme-nous réellement la personne que nous aimerions être? Peut-on assumer ses convictions envers et contre tous?

A l’époque il était plus facile de se dire que Patricia avait subit un lavage de cerveau, il était impensable qu’une jeune femme blanche à la destinée brillante puisse défendre ses idées et si ce n’est pas à cause du syndrome de Stockholm c’est qu’elle est une manipulatrice. On le sait tous, les femmes aiment cuisiner et prendre soin de leur époux, elles ne peuvent pas subitement avoir des idées politiques! Le lavage de cerveau, ne le subit-on pas, finalement, dès notre naissance?

Un petit bémol, l’emploi de la deuxième personne du pluriel dans toute la première partie du livre est assez déroutante et peut rebuter certaines personnes.

Vous l’aurez compris, « Mercy, Mary, Patty » donne à réfléchir, il est de ces livres dont on sort différent, il ne changera peut-être pas votre vie mais vous pourriez y apprendre des choses sur vous-même, pourquoi s’en priver?

Ma phrase préférée :

Cette semaine j’ai deux phrases préférées et le hasard a fait qu’elles se trouvent toutes les deux sur la même page !

« Violaine attend la faim comme on espère l’orage, elle espère une faim plus large que l’habitude de se nourrir à heures fixes, elle le fabrique, ce vide qu’elle chérit pour s’y affronter, une preuve journalière qu’elle n’en est pas, des vies repues de confortables renoncements. »

« Violaine vous interroge timidement, avez-vous un fiancé en Amérique, vous levez les yeux au ciel, c’est curieux cette propension – comme vos élèves qui veulent savoir si vous aurez des enfants – à s’inquiéter de votre vagin ou de votre utérus et pas de ce que vous pensez du Watergate ! »

Vous trouverez « Mercy, Mary, Patty » ici :

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